Le numérique comme espace religieux :
globalisation, identités et reconfigurations
du national
24 septembre 2026 | 14h00 – 17h00
Campus Condorcet – Bâtiment Recherche Nord
14 Cours des Humanités, 93322 Aubervilliers
Salle 5.067 (5ᵉ étage)
Organisatrices
Marie-Laure Boursin (IDEAS / CNRS – amU) et Kristina Kovalskaya (GSRL / EPHE-PSL, CNRS)
Cette séance de séminaire du WP 2.1 de ReligiS entend interroger les effets du numérique sur les formes contemporaines de globalisation et de (re)nationalisation du religieux. Il s’agira moins d’étudier Internet comme simple support de diffusion que d’examiner, plus largement, les usages numériques, les applications, les plateformes et les espaces virtuels comme des lieux de circulation, de recomposition et, parfois, de territorialisation du religieux.
En effet, la dimension (trans)nationale du religieux et de ses objets est mise à l’épreuve par l’évolution des outils technologiques et, en particulier, par les usages du numérique. Initialement interprétées comme de simples outils des pratiques et des transmissions religieuses, les pratiques numériques questionnent de plus en plus le statut des autorités religieuses, l’autonomie des croyants et le rôle des objets religieux. La « culture numérique » permet ainsi de reposer la question spatiale, essentielle pour une réflexion sur le (trans)national, en dépassant les conceptions strictement territorialisées des communautés religieuses et des territoires/espaces qui leur sont assignés.
L’enjeu est de comprendre comment ces dispositifs techniques participent à la redéfinition des appartenances, des communautés et des imaginaires nationaux, tout en inscrivant les pratiques religieuses dans des dynamiques transnationales. On s’intéressera en particulier à la manière dont le numérique reconfigure les modes d’action religieuse, les formes de prédication, les pratiques de dévotion, les circulations de textes et d’images, ainsi que les médiations entre local et global.
La séance se veut ouverte à plusieurs traditions religieuses (notamment le christianisme, le judaïsme et l’islam), afin de saisir la diversité des médiations numériques et des reconfigurations du national dans le religieux contemporain. Elle mobilisera des travaux portant sur le religieux en ligne, la matérialité numérique des pratiques, ainsi que sur les usages politiques et identitaires des technologies de communication.
Programme
14h00 – 14h30 Accueil et introduction – Kristina Kovalskaya & Marie-Laure Boursin
14h30-15h00 Vincenzo Scamardella, IDEAS / CNRS – amU
« Du pèlerinage sur le pavé au pèlerinage par le pixel : la dévotion à Sousa Martins, circulations présentiel-numérique et reconfigurations des spatialisations du sacré »
Au-delà des lieux de dévotion au Portugal, la rencontre, la construction de relations dévotionnelles intimes et les pratiques votives envers l'entité surnaturelle Sousa Martins – ancien médecin positiviste du XIXe siècle élevé au rang d'entité surnaturelle en dehors de toute institution et dans des cadres trans-religieux – circulent aujourd'hui sur le net, principalement au sein de groupes Facebook.
Lors des jours de commémoration de Sousa Martins (naissance et décès), des pèlerinages sont organisés vers son mausolée à Alhandra. Les reliques, la praesentia de l'entité, les matérialités religieuses, les pratiques et les écritures votives qui caractérisent ces pèlerinages circulent vers des groupes Facebook. Ces circulations sont rendues possibles grâce au rôle et à l'action des administrateurs, qui acquièrent un statut d'autorité religieuse, et à l'engagement des membres de ces groupes.
Ces circulations permettent d'autres spatialisations du sacré sur le net, transformant ces espaces numériques en métaphores des lieux de culte. Ils offrent aux dévots internautes une connexion entre le monde ici-bas et l'au-delà, ainsi qu'avec les autres membres de la communauté. D'une part, ces spatialisations numériques du sacré permettent à cette dévotion et à sa communauté de dépasser les frontières des espaces physiques de dévotion au Portugal. D'autre part, elles créent d'autres types de clôtures, de délimitations et d'appartenances, tout en brouillant simultanément certaines de ces frontières. Le caractère dévotionnel de ces espaces votifs du net ne repose pas sur une autonomie, mais leur insertion dans des réseaux de pratiques, de matérialités et de relations religieuses déjà ancrées dans les espaces présentiels de la dévotion.
À travers les données (entretiens, observations, documents audiovisuels) récoltées lors de nos ethnographies et net-ethnographies, nous questionnerons ces espaces numériques de dévotion, caractérisés par ces circulations constantes avec le présentiel. Nous analyserons dans quelle mesure ces circulations de la dévotion entre numérique et présentiel reconfigurent les ancrages territoriaux de la dévotion envers Sousa Martins, participent à la redéfinition des frontières, des appartenances et des formes d'autorité religieuse.
15h00-15h15 Discussion
15h-15-15h45 Sébastien Tank-Storper, CéSor / CNRS – EHESS
« Le kirouv en ligne : Torah-Box et la reconnexion à l’être juif entre techouva et alyah »
Depuis les années 2000, différents sites internet francophones de kirouv (d’enseignement de la Torah à destination des juifs éloignés du judaïsme) ont été créés et ont acquis une visibilité croissante sur les moteurs de recherche et sur les réseaux sociaux.
Parmi ces sites et plateformes, Torah-Box occupe une place particulière. Fondée en France au début des années 2000 par un jeune informaticien, cette plateforme est souvent considérée avec condescendance pour son apparent manque de sérieux et ses emprunts à la culture télévisuelle et numérique populaire. Elle n’en connaît pas moins un succès indiscutable, lui permettant non seulement de produire et diffuser un nombre très important de contenus, mais encore d’ouvrir une maison d’édition et de financer un kollel (un centre d’étude pour hommes mariés) à Jérusalem.
Plus qu’un site d’enseignement du judaïsme, Torah-Box se présente ainsi davantage comme un lieu de reconnexion à « l’être juif », dont l’expression authentique passe par la conversion aux mitsvot (aux commandements) et la reconnexion avec la terre d’Israël. Techouva (conversion personnelle) et alyah (installation en Israël) apparaissent dès lors indissociables. Loin d’être un outil de dématérialisation et de déterritorialisation du religieux, Torah-box, dans ses intentions du moins, travaille au contraire à réinscrire les juifs dans l’espace spirituel et concret de la « terre sainte », au détriment de la galout (la diaspora), lieu de l’exil à sa terre et à son être juif authentique.
15h45-16h00 Discussion
16h00-17h00 Discussion générale et clôture
Participation en ligne :
Zoom : ID de réunion : 850 4292 5113 | Code secret : 915514
Affiche du séminaire